Partie IV - Les chantiers de la souveraineté recouvrée

15 - Outre-mer, souveraineté et continuité nationale

Trop longtemps, la France a gouverné comme si sa réalité nationale se limitait à l’Hexagone. Cette vision réductrice a progressivement marginalisé les territoires d’outre-mer, pourtant constitutifs de la nation française. L’action publique s’y est faite intermittente, défensive, souvent tardive, presque toujours insuffisante. Il en est résulté un sentiment largement partagé d’abandon par l’État central, doublé d’une défiance croissante envers des institutions perçues comme lointaines, indifférentes ou impuissantes.
Cet abandon n’est pas seulement social ou économique. Il est politique, stratégique et symbolique. En laissant s’installer des déséquilibres durables - coût de la vie exorbitant, infrastructures dégradées, insécurité, dépendances logistiques extrêmes - l’État a laissé croire que certains territoires comptaient moins que d’autres. Or une nation qui hiérarchise ses territoires finit toujours par affaiblir sa propre souveraineté.
La refondation impose une rupture nette : la France doit assumer tous ses territoires, ou renoncer à se prétendre souveraine. Le fondement de cette refondation repose sur un principe simple mais trop souvent trahi : l’égalité absolue de tous les Français, partout sur le territoire. Il n’existe pas de Français périphériques, d’identités secondaires ou de citoyennetés aménagées. Un habitant de Mayotte, de Wallis-et-Futuna, de Nouvelle-Calédonie, de Polynésie française, de Saint-Pierre-et-Miquelon, de Saint-Martin ou de Saint-Barthélemy est l’égal strict d’un Réunionnais, d’un Guyanais, d’un Corse, d’un Breton ou d’un Parisien.
Cette égalité n’est pas seulement juridique : elle est politique et matérielle. Elle exige un accès équitable aux services publics avec des objectifs chiffrés de convergence dans la santé, l’éducation et l’énergie, une convergence réelle des prix de l’énergie et des biens essentiels, une protection effective de l’ordre public, et une présence visible, constante et assumée de l’État.

Les statuts dérogatoires

Les statuts dérogatoires, lorsqu’ils entretiennent la fragmentation, la confusion des responsabilités et l’inégalité de traitement, doivent être réinterrogés démocratiquement. Pour les territoires habités disposant aujourd’hui d’un régime particulier - Nouvelle-Calédonie, Polynésie française, Wallis-et-Futuna - la question de l’évolution statutaire est posée par référendum, dans un cadre légal national clair, non comme une contrainte mais comme une proposition claire : l’égalité pleine et entière au sein de la nation, avec les engagements réciproques que cela implique.

Le suivi local - transitoire et mesurable

Pour garantir que les mesures soient adaptées et efficaces, chaque territoire ultramarin dispose d’instances temporaires de participation. Des conseils consultatifs locaux composés de 10 à 15 représentants élus identifient les besoins prioritaires et proposent des recommandations au gouvernement central : ils se dissolvent automatiquement dès que les objectifs quantifiables d’égalité sont atteints. Des audits citoyens réguliers tous les deux à trois ans signalent les dysfonctionnements et mesurent la progression vers l’égalité réelle. Des commissions de suivi composées uniquement de fonctionnaires et d’experts locaux suivent la mise en œuvre effective des services et infrastructures selon les standards métropolitains : elles aussi se dissolvent automatiquement dès que le territoire atteint les objectifs définis - égalité dans l’accès aux services, convergence des prix essentiels, sécurité et présence de l’État -. Ces structures sont transitoires, opérationnelles et mesurables, sans pouvoir décisionnaire permanent. Leur seul objectif est de permettre à l’État d’agir efficacement et de garantir l’égalité matérielle et politique des territoires.

Mayotte - l’exemple d’un effondrement assumé

Mayotte constitue aujourd’hui l’un des exemples les plus criants de l’effondrement de l’autorité de l’État. Les flux migratoires illégaux massifs en provenance des Comores ne relèvent plus d’un simple phénomène migratoire : c’est une instrumentalisation politique et stratégique. L’incapacité persistante à contrôler les frontières maritimes a désorganisé la société mahoraise, saturé les services publics, mis en péril la sécurité des habitants et discrédité la parole de l’État.
La réponse est claire, immédiate et assumée. La protection du territoire national ne peut être négociée. Le déploiement permanent d’une escadre de la Marine nationale autour de Mayotte, appuyée par des moyens aériens et des capacités de surveillance renforcées, s’effectue dans le cadre légal national et international et devient la norme tant que la situation l’exige. Ce n’est pas un geste symbolique : c’est l’exercice normal de la souveraineté. Parallèlement, les Comores, qui bénéficient indirectement de cette situation tout en contestant la souveraineté française sur Mayotte, ne peuvent continuer à agir sans conséquence. Des sanctions diplomatiques et économiques proportionnées et encadrées légalement s’appliquent tant que les départs organisés et la complaisance politique persistent. La souveraineté n’est crédible que si elle est défendue.

Nouvelle-Calédonie et Polynésie - la souveraineté n’est pas négociable

En Nouvelle-Calédonie, les ambiguïtés institutionnelles ont ouvert un espace aux ingérences étrangères. Des puissances comme la Chine, et de manière plus indirecte l’Australie, ont exploité les fragilités politiques, économiques et identitaires pour avancer leurs intérêts stratégiques dans le Pacifique. La question calédonienne n’est donc pas uniquement interne ou mémorielle : elle est devenue un enjeu géopolitique majeur. Laisser s’installer des zones grises de souveraineté, c’est accepter que d’autres puissances dictent l’avenir de territoires français. La souveraineté française n’est pas négociable. Les débats politiques internes sont légitimes, mais ils s’inscrivent dans un cadre clair, sécurisé et assumé par l’État : présence renforcée militaire, diplomatique, économique et administrative.
La Polynésie française, par sa position stratégique, relève de la même exigence. La France ne peut prétendre être une puissance indo-pacifique tout en laissant ses territoires exposés aux pressions extérieures sans cadre opérationnel et légal clair.

Assumer le premier espace maritime mondial

Grâce à ses territoires d’outre-mer, la France dispose du plus vaste espace maritime exclusif au monde. Cette réalité confère une responsabilité immense : une marine de guerre capable d’assurer la protection effective de ces espaces, la lutte contre la pêche illégale, la sécurisation des routes maritimes et la prévention de toute tentative d’appropriation ou d’intrusion. La souveraineté maritime s’exerce dans le respect du droit international mais sans concession sur l’intégrité nationale. La flotte est dimensionnée pour le réel, non pour l’affichage, et chaque violation ou intrusion sera neutralisée selon des procédures nationales et internationales clairement établies.

Une refondation par l’égalité, non par l’oubli

Refonder la relation entre la France et ses outre-mer, ce n’est ni imposer ni concéder. C’est rétablir une cohérence nationale rompue. La puissance française, sa profondeur stratégique, sa diversité culturelle et sa crédibilité internationale reposent en grande partie sur ces territoires. La France ne sera pleinement souveraine que lorsqu’elle assumera tous ses territoires comme une seule et même nation, sans périphérie ni centre exclusif. Mettre chaque Français sur un pied d’égalité, où qu’il vive, avec des moyens concrets et mesurables pour les services publics, l’énergie, l’éducation et la sécurité, n’est pas un idéal abstrait : c’est une condition matérielle, politique et stratégique de l’exercice de la souveraineté.