Partie I - Les constats

Introduction

Avant d'examiner les axiomes, il est nécessaire de poser une distinction que ses adversaires s'emploient systématiquement à brouiller : être souverain ne signifie pas se couper du monde. On nous opposera le repli, le nationalisme étroit, l'autarcie - ces procès sont des écrans de fumée destinés à éviter le débat réel. La France a pratiqué la coopération internationale depuis des siècles sans jamais la confondre avec la perte de souveraineté. Richelieu nouait des alliances avec les princes protestants allemands pour servir les intérêts français contre les Habsbourg. De Gaulle coopérait avec l'OTAN tout en refusant le commandement intégré. Dans les deux cas, la France choisissait librement ses engagements - elle ne les subissait pas.
La souveraineté consiste à conserver la maîtrise complète de tous les leviers essentiels de l'État - armée, monnaie, frontières, commerce, énergie, santé, éducation, information, justice et capacité de légiférer librement - et à pouvoir décider librement de la participation aux organisations internationales ou aux échanges commerciaux. Elle n'implique ni autarcie ni isolationnisme, mais l'exercice effectif du pouvoir décisionnel sur tous les sujets stratégiques. Un État souverain coopère librement avec d'autres États sur des sujets précis et circonscrits - il ne transfère aucune compétence, ne délègue aucun levier essentiel, et conserve à tout moment la maîtrise complète de ses décisions. Toute coopération qui implique un abandon de compétence, même partiel, même présenté comme temporaire, est déjà une atteinte à la souveraineté - le temporaire devient structurel, le partiel devient total. C'est précisément le mécanisme qui a progressivement dépouillé la France de ses leviers essentiels.