Partie II - Le régime

0 - L’angle mort des démocraties électives

La souveraineté ne se réduit pas à la reprise des leviers essentiels. Elle exige aussi une architecture institutionnelle capable de les défendre dans la durée, y compris, et surtout, dans les moments où les institutions ordinaires vacillent. C’est là que les démocraties électives contemporaines révèlent leur angle mort structurel.
Un régime électif fonctionne bien en temps ordinaire. Il organise la désignation des gouvernants, la rotation du pouvoir, le contrôle de l’exécutif. Mais il est structurellement incapable de produire une figure d’incarnation en temps de crise. Pas parce que les hommes manquent, mais parce que le système ne s’y prépare pas. Il espère. Il attend. Et quand la crise survient, il improvise.
Ce n’est pas une hypothèse : c’est la leçon répétée de l’histoire française. Chaque fois que les institutions ordinaires ont vacillé - 1940, 1958, et dans une moindre mesure à chaque crise de régime - la France s’est retrouvée à chercher en urgence une figure capable d’incarner l’État au-delà des institutions défaillantes. Parfois elle l’a trouvée. Parfois elle a failli ne pas la trouver. Dans les deux cas, c’est le hasard qui a décidé, non la prévoyance.
Une nation souveraine ne joue pas son existence au petit bonheur la chance. Elle anticipe, elle planifie, elle institutionnalise. C’est vrai pour l’armée : on n’improvise pas une force de dissuasion le jour où on en a besoin. C’est vrai pour l’énergie : on ne construit pas des réacteurs nucléaires en six mois. C’est vrai, de la même façon, pour la fonction d’incarnation souveraine. Si elle est nécessaire en temps de crise - et l’histoire démontre qu’elle l’est -, alors elle doit être disponible en permanence, encadrée, légitime, et opérationnelle le jour où les institutions ordinaires ne suffisent plus.
La question n’est donc pas : faut-il un roi ? Elle est : comment institutionnalise-t-on une fonction que les démocraties électives laissent au hasard ?