Partie II - Le régime
4 - Ce que la fonction n’est pas
Avant de décrire en détail les attributs institutionnels dans la Partie III, il est nécessaire de dissiper trois lectures erronées qui tueraient la compréhension du modèle.
Ce n’est pas un président de la République en costume médiéval. Le président de la Ve République s’est progressivement immiscé dans la gestion quotidienne jusqu’à devenir coresponsable de tout et maître de rien. La fonction d’incarnation est l’exact opposé : sa force tient à sa retenue. Un garant de la souveraineté qui s’immisce dans les arbitrages courants cesse d’être au-dessus des factions pour en devenir une. La retenue n’est pas une faiblesse institutionnelle mais la condition d’existence de la fonction.
Ce n’est pas un dictateur bienveillant. La fonction est encadrée, révocable et soumise en permanence à la légitimité populaire. Elle dispose de pouvoirs forts en temps de crise précisément parce qu’ils sont strictement délimités dans leur périmètre et leur durée. Un pouvoir exceptionnel qui ne peut pas être révoqué est une tyrannie. Un pouvoir exceptionnel encadré par des contre-pouvoirs réels et une révocabilité populaire est une assurance souveraine.
Ce n’est pas un symbole décoratif. Les monarchies constitutionnelles contemporaines ont vidé la fonction royale de toute substance au point de la rendre inutile. Ce modèle va dans la direction exactement opposée : la fonction d’incarnation n’existe que parce qu’elle est opérationnelle, c’est-à-dire capable d’agir réellement le jour où les institutions ordinaires ne suffisent plus. Une figure sans pouvoir réel n’est pas un garant de la souveraineté, c’est une décoration.