Partie II - Le régime

3 - Pourquoi pas les prétendants dynastiques

Si ce projet institutionnalise une fonction d’incarnation souveraine, il doit répondre à la question que tout lecteur de bonne foi posera immédiatement : pourquoi ne pas s’appuyer sur les lignées monarchiques existantes ? La tradition monarchiste française dispose de trois familles : les Bourbon légitimistes, les Orléans et les Bonaparte.
L’examen de chacune conduit au même constat, non par hostilité envers les personnes, mais parce qu’aucune ne répond aux critères fonctionnels définis plus haut.
Les Bonaparte. Jean-Christophe Napoléon descend non pas de Napoléon Ier mais de son frère Jérôme. Sa formation passe par HEC Paris puis la Harvard Business School. Sa carrière se construit à New York et à Londres. Ce parcours n’est pas une faute morale : c’est le parcours d’une génération de cadres mondialisés. Mais la fonction d’incarnation souveraine exige précisément l’inverse de ce profil : un ancrage exclusivement national, des réseaux, des réflexes et des références profondément français. Un homme formé et construit dans les cercles financiers anglo-saxons ne satisfait pas ce critère fonctionnel, quelles que soient ses qualités personnelles.
Les Orléans. Jean d’Orléans a pour l’essentiel grandi et travaillé en France, ce qui le distingue des deux autres. Mais la Maison d’Orléans porte une charge historique indissociable de son représentant actuel. Philippe-Égalité a voté la mort de Louis XVI : un duc du sang a brisé la continuité dynastique par calcul politique au moment précis où elle était le plus nécessaire. Louis-Philippe est arrivé au pouvoir en 1830 par coup de force bourgeois, instaurant un régime fondé sur le suffrage censitaire. Une monarchie d’actionnaires, pas d’une nation. Elle est tombée sous les pavés de 1848, rejetée par ce peuple qu’elle prétendait incarner. La fonction d’incarnation ne peut pas reposer sur une lignée dont l’histoire est faite de ruptures dynastiques et d’exclusion populaire. Le représentant actuel n’y peut rien, mais l’héritage est là, indélébile.
Les Bourbon. Louis XX de Bourbon est né à Madrid. Il a grandi en Espagne, étudié dans des institutions espagnoles, construit sa vie hors de France. La branche dont il descend remonte à Philippe V d’Espagne, petit-fils de Louis XIV, qui a renoncé à ses droits sur le trône de France au traité d’Utrecht en 1713. La question n’est pas de savoir si cet homme est de bonne volonté. La question est de savoir si quelqu’un dont la formation, la vie, les réseaux et l’ancrage sont espagnols peut incarner une souveraineté française restaurée. La réponse fonctionnelle est non : pas parce qu’il est étranger dans son âme, mais parce que la fonction d’incarnation exige un lien organique avec la nation qui soit immédiat, visible et incontestable.
Le constat n’est donc pas dynastique, il est fonctionnel. Aucun des trois prétendants ne réunit les conditions nécessaires à l’exercice de la fonction telle qu’elle est définie ici. Ce constat renforce d’ailleurs la thèse centrale : si la légitimité ne peut pas venir de la généalogie, c’est bien que la fonction doit être construite autrement. Par la désignation populaire, la compétence démontrée, et la révocabilité réelle.