Partie I - Les constats

3 - La souveraineté est indivisible

La souveraineté ne se partage pas. Elle est totale ou elle n’existe pas : un État partiellement souverain n’est pas souverain à moitié, il est vulnérable sur tous les fronts. Céder un levier essentiel, c’est accepter que les décisions prises sur ce levier par d’autres conditionnent toutes les autres. La monnaie conditionne l’industrie. L’industrie conditionne l’emploi. L’emploi conditionne le tissu social. Le tissu social conditionne la cohésion nationale. La cohésion nationale conditionne la capacité à défendre les autres leviers. Tirer sur un fil défait tout le reste, c’est pourquoi la souveraineté partielle ou supranationale est une contradiction dans les termes.
L’histoire française de ces cinquante dernières années en est la démonstration involontaire. Chaque fois qu’un gouvernement a tenté de mener une politique souveraine sur un levier tout en acceptant les contraintes extérieures sur les autres, il a échoué. Mitterrand en 1983 voulait une politique industrielle souveraine mais sans remettre en cause les engagements monétaires européens : les marchés ont eu raison de lui en dix-huit mois. Chirac voulait une politique étrangère indépendante mais sans sortir des structures intégrées de l’OTAN : l’indépendance diplomatique est restée largement rhétorique, à une exception près. En 2003, la France refuse de participer à l’invasion de l’Irak et oppose son veto au Conseil de sécurité de l’ONU. C’est un sursaut souverain réel, salué dans le monde entier comme un acte de résistance à la pression américaine. Mais il reste isolé, un acte de souveraineté diplomatique dans un cadre globalement vassalisé, qui n’a pas empêché la France de rester intégrée dans les structures militaires atlantistes ni de continuer à subir les contraintes européennes sur tous les autres leviers. Un sursaut n’est pas une doctrine. La souveraineté ne se manifeste pas par éclats ponctuels : elle s’exerce en permanence sur l’ensemble des leviers essentiels. Chaque tentative de souveraineté partielle a produit le même résultat : une promesse non tenue, une contrainte réaffirmée, une déception supplémentaire du corps civique.
La conclusion est simple et inconfortable : il n’existe pas de voie médiane entre la souveraineté pleine et l’absence de souveraineté. Les aménagements, les négociations de marges, les exceptions obtenues au forceps dans des cadres supranationaux, tout cela est de la gestion de la dépendance, pas de l’exercice de la souveraineté. Si la France veut redevenir souveraine, elle doit l’être complètement sur la monnaie, sur les frontières, sur le commerce, sur le droit, sur la défense. C’est l’objet de la refondation proposée dans les parties suivantes.