Partie IV - Les chantiers de la souveraineté recouvrée
12 - Défense, sécurité et frontières
La souveraineté d’un État se mesure d’abord à sa capacité à assurer sa propre défense, à protéger son territoire et à décider librement de ses engagements militaires. Aucune indépendance politique n’est durable sans autonomie stratégique réelle. Dans un monde marqué par le retour des rapports de force, la défense nationale ne peut être ni sous-traitée ni diluée dans des alliances qui limitent la liberté de décision.
La dissuasion nucléaire - socle absolu
La défense française repose sur un principe fondamental : la dissuasion nucléaire. Doctrine claire et assumée de destruction mutuelle assurée, dont l’objectif n’est pas l’usage mais la prévention absolue de toute agression existentielle contre la nation. Cette capacité constitue le socle ultime de l’indépendance nationale : elle ne peut être placée sous aucune tutelle étrangère, directe ou indirecte, ni partagée dans un cadre collectif qui en diluerait la crédibilité. Son maintien inclut la planification des besoins industriels et logistiques à long terme, la formation des équipes techniques et la maîtrise complète des chaînes de maintenance et de production de pièces critiques. La dissuasion garantit que la survie de l’État ne dépend ni d’alliances fluctuantes ni de calculs extérieurs. Sa chaîne de commandement est strictement nationale : tant dans sa doctrine que dans son exécution.
La chaîne de commandement
Une défense efficace exige une chaîne de commandement lisible, unifiée et entièrement nationale. Les choix militaires engagent la vie des citoyens et l’existence même de l’État : ils ne peuvent relever de structures supranationales ni de compromis diplomatiques contraignants. Cette chaîne intègre la coordination interarmées et l’articulation avec les filières industrielles critiques pour garantir la continuité des opérations en toute circonstance. La clarté permet une prise de décision rapide, une exécution cohérente et une identification sans ambiguïté des responsabilités : en particulier en situation de crise majeure où chaque heure compte.
La protection du territoire
La protection du territoire ne se limite pas aux frontières terrestres. La France dispose du plus grand espace maritime exclusif au monde, réparti sur tous les océans. Cette réalité géographique impose une responsabilité stratégique majeure. La marine maintient une présence permanente sur l’ensemble des espaces maritimes français, assure la capacité de projection rapide sur tout le territoire maritime, contribue à la posture de dissuasion globale et coordonne la protection des routes maritimes, des approvisionnements critiques et des infrastructures stratégiques. Les aspects opérationnels concernant les DOM-TOM - gestion des flux migratoires instrumentalisés, ingérences étrangères, projection de force - sont développés dans le chantier dédié.
Articulation défense intérieure et extérieure
La distinction entre sécurité intérieure et défense extérieure tend à s’estomper dans un contexte de menaces hybrides. Pressions migratoires instrumentalisées, cyberattaques, sabotages, manipulation de flux civils ou économiques : ces menaces relèvent d’une conflictualité diffuse qui ne respecte plus les frontières classiques entre guerre et paix, entre dedans et dehors. La réponse doit être globale, coordonnée et intégrée : coopération étroite entre forces armées, services de sécurité intérieure et autorités civiles, sous supervision stratégique du Commissariat au Plan pour planifier les ressources, les effectifs et les priorités industrielles associées.
La guerre moderne
Les conflits récents, et en particulier la guerre en Ukraine, ont mis en lumière une transformation profonde du champ de bataille : numérisation des opérations, centralité du cyberespace, prolifération des drones, primauté de la masse, de l’adaptabilité et du coût maîtrisé sur la sophistication isolée. Se préparer à la guerre moderne ne consiste pas à empiler des systèmes d’exception rares et coûteux : c’est bâtir une capacité robuste, résiliente et industrialisable à grande échelle. La France planifie également des scénarios extrêmes et prévoit des redondances critiques pour les systèmes essentiels, afin de garantir la continuité de l’action militaire face à des crises simultanées ou inédites.
Le drone n’est plus un outil d’exception : c’est un consommable de guerre. Reconnaissance, observation, neutralisation ciblée, saturation : ces fonctions doivent être assurées par des systèmes simples, peu coûteux, produits en grand nombre. La France développe des filières nationales de production massive de drones low cost, sécurise les chaînes d’approvisionnement en composants critiques et constitue des stocks stratégiques suffisants pour soutenir un conflit de haute intensité dans la durée. L’exemple des drones filoguidés par fibre optique illustre l’importance de la maîtrise industrielle des matériaux de base : ce qui semble anodin en temps de paix devient décisif en temps de guerre.
Face à la prolifération des drones adverses, la réponse ne peut pas reposer sur des systèmes disproportionnellement coûteux. Détruire un engin rudimentaire avec une munition de très haute valeur affaiblit mécaniquement la capacité de résistance dans un conflit prolongé. La priorité va à la détection précoce des menaces discrètes et multiples, au brouillage efficace déployable à grande échelle, et à l’interception à faible coût : électronique, cybernétique ou physique. L’objectif est de neutraliser la menace à un coût inférieur ou équivalent à celui de l’attaque.
La guerre moderne impose également une adaptation immédiate des équipements et des doctrines d’emploi. Les véhicules militaires, les convois et les positions doivent être conçus ou adaptés pour faire face à la menace drone : protection passive, brouillage, détection embarquée, neutralisation active quand c’est possible. Il s’agit de préparer les forces à un environnement de combat saturé, instable et permanent, où la menace peut surgir à tout instant, à faible coût et sans avertissement.
La cyberdéfense est un champ de bataille à part entière. La France dispose d’une cyber-capacité pleinement souveraine, intégrée à la doctrine militaire, capable de défendre, perturber et neutraliser des systèmes adverses, sans dépendre de technologies ou de prestataires soumis à des puissances étrangères. Le Commissariat au Plan coordonne la sécurisation des composants industriels critiques nécessaires à la cyberdéfense et aux drones pour assurer une autonomie complète.
La nation en armes
La défense nationale ne repose pas uniquement sur des équipements ou des doctrines : elle repose sur le lien entre l’armée et la nation. Le service militaire universel s’inscrit dans cette logique. Il concerne l’ensemble d’une classe d’âge, femmes et hommes, avant l’entrée dans les études supérieures ou dans la vie active. Pour les parcours en apprentissage, l’orientation se fait vers des corps ou fonctions permettant de valoriser les compétences acquises.
Ses bénéfices sont multiples et complémentaires : formation au maniement des armes en vue d’une éventuelle conscription, acquisition de la discipline et de l’esprit de corps, mixité sociale réelle et cohésion nationale, maturation civique par l’expérience collective, développement de la résilience individuelle et collective, apprentissage du respect des symboles nationaux et de l’autorité légitime, formation aux premiers secours et à la protection civile, formation pratique aux démarches civiles et administratives essentielles, possibilité d’obtenir le permis de conduire y compris poids lourd. Pour le pays, ce dispositif permet une conscription plus rapide en cas de nécessité, une société plus soudée et un temps de formation militaire réduit en situation de crise grave.
L’indépendance des choix militaires
La défense nationale n’a de sens que si elle sert une diplomatie indépendante. Les engagements militaires sont décidés exclusivement en fonction de l’intérêt national : sans alignement automatique, sans dépendance stratégique, sans subordination à des structures de commandement intégrées qui limiteraient la liberté de décision. L’indépendance des choix militaires est la condition de la crédibilité diplomatique : elle permet à la France de parler d’égal à égal avec les puissances, de refuser les conflits contraires à ses intérêts et de défendre sa souveraineté sans ambiguïté.
Une défense souveraine est une défense capable de durer : pas une posture d’affichage.