Partie V - Relations internationales et diplomatie
L’Afrique
Le franc CFA : la contradiction centrale
Avant toute autre considération, il faut nommer la contradiction la plus flagrante de la relation franco-africaine : le franc CFA. Pendant que la France se bat pour récupérer sa souveraineté monétaire vis-à-vis de l’euro, elle maintient sur le continent africain un système monétaire qui prive quatorze pays de cette même souveraineté qu’elle revendique pour elle-même. Cette contradiction est intellectuellement indéfendable et politiquement coûteuse.
Un État souverain doit maîtriser sa monnaie. Ce principe est au cœur du projet pour la France : il est universel. La monnaie est le levier par lequel un État finance son développement, gère son économie, absorbe les chocs externes et définit ses priorités nationales. Un pays qui délègue sa politique monétaire à une institution étrangère renonce à une part essentielle de sa souveraineté. La France prend l’initiative de proposer à tous les pays membres de la zone franc qui le souhaitent un programme d’accompagnement vers leur propre souveraineté monétaire. Cette initiative n’est pas imposée : chaque pays décide souverainement s’il veut sortir du franc CFA, quand et comment.
Les intérêts français en Afrique
La France a des intérêts réels et légitimes en Afrique. L’Afrique est le premier espace francophone du monde : plus de 60% des francophones dans les prochaines décennies seront africains. Le lien linguistique est fondamental et distinct de tout autre levier ; le français n’est pas seulement une langue, c’est un système de références culturelles, juridiques et philosophiques partagé qu’aucune autre puissance concurrente ne peut reproduire.
L’Afrique est également un réservoir de matières premières critiques : uranium, cobalt, manganèse, terres rares. Mais cet accès peut et doit être sécurisé par des moyens économiques et diplomatiques, pas par des opérations militaires coûteuses en vies humaines, en argent et en capital diplomatique.
La présence militaire
Le principe est simple et non négociable : si des militaires français meurent, ce doit être pour la France et pour la France seule. Pas pour des intérêts économiques lointains, aussi importants soient-ils pour notre souveraineté. Pas pour maintenir au pouvoir des dirigeants qui n’ont pas la confiance de leur peuple.Les opérations de type Barkhane sont donc terminées. L’accès aux ressources africaines peut et doit être sécurisé par des contrats équitables et des relations diplomatiques solides, pas par des bases militaires et des opérations anti-insurrectionnelles qui nourrissent précisément le sentiment anti-français qu’elles prétendent combattre.
Toutes les bases militaires françaises sur le continent africain sont fermées à l’exception de Djibouti, qui protège des intérêts plus vitaux. Les moyens ainsi libérés sont redéployés vers la protection de nos propres territoires : en particulier la Guyane, exposée à l’orpaillage illégal et aux pressions frontalières, Mayotte, livrée à l’immigration massive illégale en provenance des Comores, et la Nouvelle-Calédonie, exposée aux ingérences étrangères dans le Pacifique. La France dispose de suffisamment de territoires à protéger pour ne pas entretenir des bases à l’étranger qu’elle ne sait pas financer correctement.
La France propose en remplacement un modèle de coopération militaire bilatérale transparent et limité : formation d’officiers, transfert de savoir-faire tactiques, équipement dans un cadre commercial normal. Ces accords sont publics, limités dans leur objet, et ne comportent aucune obligation d’engagement opérationnel français.
La compétition des puissances
Le vide laissé par le recul de l’influence française en Afrique n’est pas resté vide. La Russie via Africa Corps s’est installée dans plusieurs pays sahéliens. La Chine a investi massivement dans les infrastructures en créant des dépendances financières. La Turquie combine islam politique modéré, pragmatisme économique et coopération militaire. Les États-Unis, souvent sous-estimés dans ce tableau, maintiennent via l’AFRICOM une présence militaire dans une vingtaine de pays et utilisent les institutions financières internationales comme leviers. Les États du Golfe financent l’expansion de l’islam dans ses diverses déclinaisons.
La France ne peut pas rivaliser avec ces acteurs sur leurs propres terrains. Elle propose ce qu’aucun d’eux ne peut offrir : la langue française comme lien culturel profond, une familiarité historique débarrassée de ses scories néocoloniales, des institutions universitaires et scientifiques de rang mondial.
Le nouveau modèle : partenariat souverain à égalité
La France propose à chaque pays africain une relation bilatérale refondée sur trois principes : la non-ingérence réciproque, l’équité économique, et la coopération choisie. La France n’est plus le partenaire obligatoire : elle doit mériter sa place.
Les accords de réadmission avec les pays africains sont une condition non négociable des relations bilatérales. En contrepartie, la France propose des voies légales d’immigration choisie : travailleurs qualifiés dans les secteurs en tension, étudiants dans le cadre de programmes universitaires structurés. Ces étudiants formés en France ont l’obligation d’y travailler deux à trois ans à l’issue de leur formation, remboursant ainsi la dette que constitue leur formation, avant d’être libres de repartir exercer dans leur pays d’origine.
La francophonie institutionnelle
L’Organisation internationale de la Francophonie est un outil diplomatique sous-exploité. La France souveraine réinvestit cet outil et accepte de partager son leadership avec les grands pays francophones africains dans un cadre réellement multilatéral. Le développement de la francophonie comme levier de puissance globale, au-delà de l’Afrique, est traité dans le point suivant.