Conclusion

Cet écrit n’a pas cherché à convaincre. Il a cherché à démontrer.
Démontrer que l’impasse française n’est pas conjoncturelle. Qu’elle n’est pas le produit de mauvais dirigeants, de mauvaises décisions ou de mauvaises circonstances. Elle est structurelle : les institutions qui gouvernent la France depuis soixante ans ont été conçues pour produire exactement ce qu’elles produisent. Un exécutif fort en apparence, faible en réalité, dont les marges de manœuvre réelles se réduisent à chaque traité signé, à chaque délégation consentie, à chaque renoncement habillé en modernité. Un Parlement réduit à l’enregistrement. Un peuple consulté juste assez pour légitimer des décisions prises ailleurs.
Ce n’est pas une dérive. C’est un aboutissement.
Les partis politiques ne sortiront pas la France de cette impasse. Non par mauvaise volonté, mais par construction. Un parti existe pour conquérir le pouvoir dans le cadre institutionnel existant, pas pour le transformer. Sa logique est électorale, son horizon est le prochain scrutin, ses alliances sont des calculs, ses programmes sont des compromis entre ce qu’il faudrait faire et ce qui est vendable à court terme. Un parti qui proposerait véritablement de rompre avec les délégations de souveraineté, de sortir des cadres supranationaux, de refonder les institutions plutôt que de les habiter, cesserait d’être un parti pour devenir autre chose. Les rares fois où cette tentation a existé, l’appareil l’a résorbée, le système l’a neutralisée, ou le calendrier électoral l’a épuisée avant qu’elle n’arrive à maturité.
Le cadre tue ce que le cadre ne peut pas absorber. C’est sa fonction.
La souveraineté ne se négocie pas dans ce cadre. Elle ne s’y glisse pas progressivement, par petites victoires accumulées. Elle se reconstruit en dehors de lui, contre lui si nécessaire, avec la légitimité populaire comme seul fondement valable. C’est ce que 1958 a démontré dans un sens. C’est ce que 2005 a démontré dans l’autre : quand le peuple dit non et que le système dit oui quand même, c’est que le système a cessé de servir le peuple pour se servir lui-même.
Le lecteur qui arrive ici a traversé une architecture complète. Un régime politique, des institutions, des chantiers économiques, industriels, culturels, diplomatiques, une phase de transition. Il peut en contester les détails, en discuter les mécanismes, en critiquer les hypothèses. C’est souhaitable. Mais une chose ne devrait plus être contestable à ce stade : l’inaction n’est pas une option neutre. Choisir de ne rien changer, c’est choisir de continuer à déléguer, à renoncer, à laisser se réduire l’espace dans lequel la France peut encore décider d’elle-même. Ce n’est pas de la prudence. C’est de la capitulation consentie.
La France a tout ce qu’il faut pour être souveraine. Le territoire, les ressources, l’histoire, l’intelligence, la langue, la position géographique et stratégique. Ce qui lui manque n’est pas la capacité. C’est la volonté institutionnelle de l’exercer.
Cette volonté ne viendra pas des appareils. Elle viendra de ceux qui auront compris que l’attendre est déjà une forme d’abandon.
Le reste, maintenant, appartient vraiment au lecteur.